Boogie Nights Review

by Phil St-Germain (philgal AT videotron DOT ca)
March 3rd, 1998

Boogie Nights
Comédie dramatique
***1/2 (sur ****) (très bon)
1997, 152 minutes

Réalisé par Paul Thomas Anderson
Mettant en vedette Mark Wahlberg, Burt Reynolds, Julianne Moore, Don Cheadle, Heather Graham, John C. Reilly, William H. Macy
Écrit par Paul Thomas Anderson
Produit par Lloyd Levin, John Lyons, Paul Thomas Anderson et Joanne Sellar

Le sujet de ce film a probablement effrayé certains spectateurs potentiels. En effet, "Boogie Nights" traite de l'industie du cinéma pornographique lors de la fin des années 70 et le début de la décennie suivante. En nomination pour trois Oscars, ce film a fait écarquiller bien des yeux, et avec raison. En d'autres mots, ce n'est pas que pour le retour en force de Burt Reynolds que cette production est si efficace.

Le film s'amorce alors que nous voyons le jeune Eddy Adams (Wahlberg), âgé de 17 ans, en plein travail: il est serveur à un restaurant prospère du coin. Il reçoit plus tard la visite de Jack Horner (Reynolds), un réalisateur de films pornographiques qui serait très intéressé à utiliser ses services (entre autres à cause de certains attributs). Son but? Innover dans le genre, tourner un film d'une grande puissance dramatique. Selon lui, Adams est tout un atout pour y arriver. Au départ, Eddy ne sait pas trop qui se cache derrière ce personnage, mais il décide d'accepter son offre, quitte la maison parentale et se lance dans l'aventure. Il tournera dans quelques films de Horner (après avoir changé son nom), partageant parfois la vedette avec la "reine du film porno", Amber Waves (Moore), ou une jeune étudiante innocente prenant le nom de Rollergirl (Graham). Il connait un immense succès, gagne des prix et est une véritable célébrité. Avec l'arrivée des années 80, toutefois, tout semble lentement s'écrouler... et le jeune acteur pourrait se rendre compte que le succès n'a pas que ses bons côtés.

Rempli de détails au point, le scénario est fort bien construit (il mérite sa nomination aux Oscars). Développant chacun des personnages avec la profondeur voulue, Paul Thomas Anderson nous transporte dans une odysée rocambolesque et inventive. Plusieurs des détails qu'il a inclus sur l'industrie du cinéma porno s'avèrent amusants, même si peu de ceux-ci sont vraiment nouveaux. Anderson nous amène dans des lieux jusqu'à maintenant peu visités, et il nous tient en haleine.

Du côté des acteurs, on a jusqu'ici surtout parlé de Burt Reynolds dans la presse. C'est justifié: il joue ici avec une énergie contagieuse, et s'investi réellement dans son personnage. Nous offrant sa meilleure performance depuis des lunes, c'est un plaisir de le voir évoluer. Julianne Moore, en nomination tout comme Reynolds, est savoureuse dans un rôle plus complexe qu'il en a l'air. Mark Walhberg, la vedette du film, est surprenant: il n'est pas tellement reconnu pour ses capacités de comédien, mais son jeu est tout à fait convaincant et dans la note. Il nous montre habilement l'évolution d'Eddy Adams, plus tard Dirk Diggler lorsque dans le monde du cinéma, et sa présence est bonne. Il fait bon de revoir William H. Macy qui semble camper des rôles dans presque tous les excellents films des dernières années (on l'a vu, entre autres, dans "Fargo" et "Wag The Dog"). Il a de très bons moments et j'aurais aimé le voir plus souvent à l'écran.

Les décors sont bien conçus et nous replacent aisément dans l'ambiance des années 70 et 80. On a songé à tout: les coiffures, les vêtements, la musique, les couleurs, etc. Les chansons utilisées nous rappellent des souvenirs tout en collant bien aux événements se produisant à l'écran. Plusieurs des passages les plus hilarants sont reliés à cette recréation d'époque. L'ascention du personnage de Walhberg dans l'indrustrie musicale est particulièrement amusante. Mais les meilleures scènes sont celles où l'ont voit l'acteur Dirk Diggler en action. Les extraits de films qu'on nous montre sont totalement ineptes, les rendant d'autant plus tordants. Ces segments s'apparentent aux films d'action au minime budget qui se tournaient il y a plus de dix ans.

Le rythme perd quelque peu de sa fière allure lors des trois derniers quarts-d'heure, mais les cinéastes arrivent à garder notre intérêt durant une bonne partie de sa durée. Le scénariste-réalisateur Paul Thomas Anderson évite intelligemment les clichés et passe par des chemins inventifs. Un des films les plus solides de 1997, "Boogie Nights" contient des éléments comiques et dramatiques qui vous
plairont assurément. Superbe!

Évaluation de Philippe St-Germain,
Copyright 1998.

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